Le monde est en pleine révolution technologique. Pour en tirer profit et participer à ce nouvel environnement propulsé par la technologie, les individus, les organisations privées et les gouvernements doivent accorder la priorité au perfectionnement des compétences.
L’argument d’investissement en ce sens est convaincant, puisque le perfectionnement des compétences contribuera à hauteur de 2,5 mille milliards de dollars à l’économie mondiale, selon Till Leopold, chef, Inclusive Economies Practice, Centre for the New Economy and Society au Forum économique mondial.
Cette prise de conscience quant au perfectionnement des compétences s’est accélérée durant la COVID-19. Selon Jonas Prising, président et chef de la direction de ManpowerGroup, « la pandémie a été un point tournant » qui a forcé les organisations et les individus des secteurs privé et public à se projeter dans l’avenir.
Pour faciliter le travail à distance et y être productifs, les entreprises ont dû réorienter rapidement leurs méthodes de travail et adopter de nouvelles compétences ainsi que de nouveaux modèles d’affaires pour prospérer dans cet environnement.
Belen Garijo, présidente du conseil d’administration et chef de la direction chez Merck, a déclaré : « La pandémie a bouleversé les économies et la société, mais a constitué une excellente occasion pour le secteur privé d’accélérer ses plans stratégiques axés sur les personnes. »
Toutefois, elle a ajouté : « Nous avons été pris au dépourvu et avons dû mobiliser notre effectif d’une manière complètement différente », tout en assurant la continuité des activités.
Malgré les défis initiaux, les secteurs public et privé ont pu pivoter, s'adapter et perfectionner leurs compétences à un rythme beaucoup plus rapide que prévu en misant sur la technologie.
Commentant l’importance du perfectionnement des compétences, C. Vijayakumar, chef de la direction et directeur général chez HCLTech, affirme : « Avec la complexification des compétences technologiques, le besoin de perfectionnement est devenu primordial. Les compétences dites “douces” prennent également beaucoup d’importance. »
Vijaykumar indique également qu’après la perturbation initiale, il estime que « la pandémie a donné plus de temps aux gens, ce qui a accéléré le perfectionnement dans l’industrie des technologies ».
Il a ajouté : « Vous pouvez avoir une stratégie organisationnelle, mais il est important de permettre aux personnes de perfectionner et de réorienter leurs compétences. »
En regardant l’approche actuelle du reskilling, Prising mentionne : « La pandémie a accéléré la volonté de se perfectionner partout dans le monde. [Nous faisons] de réels progrès dans l’adoption de la transformation numérique en lien avec la main-d’œuvre. Les employés savent qu’ils doivent améliorer leur éventail de compétences, et les employeurs offrent cette occasion comme jamais auparavant. Nous avons besoin de personnes qui possèdent des compétences “douces” pour aller de l’avant. »
Il a poursuivi : « Les progrès sont importants, mais pas suffisants. »
La révolution du perfectionnement nécessite une base interdisciplinaire
Il y a toujours eu un écart entre les résultats scolaires et les besoins du marché du travail.
Pour répondre aux besoins de l’environnement changeant d’aujourd’hui, où de nouvelles compétences sont requises plus rapidement que jamais, Ahmad bin Abdullah Humaid Belhoul Al Falasi, ministre de l’Éducation des Émirats arabes unis, explique que l’éducation doit miser sur l’adaptabilité.
« Les diplômés devraient avoir des majeures interdisciplinaires…[comme] l’entrepreneuriat social et l’innovation en affaires. Tenter d’entrecroiser les disciplines tout en mettant l’accent sur les compétences douces sera plus important à l’avenir », a-t-il dit.
Cela représente un changement intéressant par rapport à il y a cinq ans, alors que l’accent était mis sur les compétences STEM.
L’intelligence artificielle générative : le nouvel ensemble de compétences
L’IA générative constitue une compétence technologique cruciale à adopter pour l’avenir du travail.
L’IA générative désigne des systèmes capables de générer rapidement du contenu comme des dissertations universitaires, des chansons et des œuvres d’art numériques.
Expliquant cette tendance technologique, Vijayakumar explique : « L’IA existe depuis plus de deux décennies. Nous y avons tous été exposés, comme lors de l’achat en ligne. L’IA assistée nous aide dans notre vie quotidienne. L’IA générative amène l’IA à un autre niveau, particulièrement pour la création de contenu et le service à la clientèle, qui représente un secteur très important. »
Ces nouveaux services technologiques auront un grand impact sur les industries, et
Vijayakumar ajoute : « ChatGPT [un exemple d’IA générative et l’agent conversationnel IA le plus avancé au monde] va créer un écosystème autour de lui-même, ce qui entraînera une nouvelle ère d’innovation et bouleversera les industries traditionnelles. »
Commentant l’impact de services comme ChatGPT sur l’enseignement, le ministre de l’Éducation des Émirats arabes unis déclare : « ChatGPT est une façon intéressante pour les étudiants de s’intégrer à l’IA et de l’utiliser. Il faut encourager les élèves à utiliser l’IA et tester leurs connaissances. »
En observant l’IA et la technologie du point de vue sectoriel, Garijo explique : « La technologie est un catalyseur de l’intelligence humaine. [Nous] utilisons la technologie pour miser sur le perfectionnement et prendre de meilleures décisions basées sur les données qui déterminent les besoins et les écarts. »
Elle poursuit : « Les modèles d’IA aident à faire correspondre les compétences aux besoins au sein des organisations. »
L’avènement de technologies telles que l’IA et l’automatisation n’a pas mené à moins d’emplois pour le plus grand nombre, mais plutôt à la création d’une multitude de nouveaux emplois nécessitant de nouvelles compétences.
« Cela a créé une énorme pénurie de compétences », a indiqué Prising.
Dans le secteur technologique, Vijayakumar note qu’un milliard de postes devront être perfectionnés pour pallier ce manque de compétences.
Le perfectionnement de la main-d’œuvre actuelle est crucial, mais pas « une approche autonome », selon Garijo. « Il faut repenser les stratégies. C’est la rareté de certaines aptitudes qui motive ce mouvement », dit-elle.
Des initiatives pédagogiques comme le programme TechBee de HCLTech, qui permet d’intégrer les étudiants et de les former aux nouvelles technologies et compétences, peuvent aussi aider à combler cet écart.
L’accent sur les compétences et l’apprentissage continu
Dans l’ère du travail hybride ou à distance, la façon dont les employeurs interagissent avec leurs employés a grandement changé. Les compétences « douces » ou « interpersonnelles » sont nécessaires pour gérer efficacement cet environnement.
Selon Garijo, pendant la pandémie, Merck a mis l’accent sur le développement du leadership et des compétences « douces » pour réaliser l’ambition organisationnelle centrée sur les personnes.
Vijayakumar ajoute : « Dans la plupart des environnements, la collaboration est cruciale pour bâtir des programmes. L’une des compétences fondamentales est de savoir travailler en équipe. »
Al Falasi convient également que « les compétences interpersonnelles » sont essentielles pour l’avenir du travail. Il souligne aussi que l’éducation fournit la base, « mais le parcours d’apprentissage continu commence à l’emploi ».
Adopter une culture d’apprentissage continu doit être favorisé par les organisations et accueilli par l’individu dans le but de se perfectionner et prospérer dans l’économie de demain.


