Le secteur manufacturier est en constante transformation, évoluant par étapes successives. Cette évolution est actuellement stimulée par les avancées rapides de l'intelligence artificielle (IA) et de l'automatisation, reposant sur une collaboration accrue dans l’écosystème.
Dans ce contexte, HCLTech a organisé un panel lors du Forum économique mondial à Davos, réunissant des dirigeants de Flex et de Rockwell Automation.
Libérer la transformation dans le secteur manufacturier
Le potentiel de gains d'efficacité transformationnels dans le secteur manufacturier est immense. Le modérateur Dr Saikat Chaudhuri a souligné : « L’opportunité à mille milliards de dollars réside dans l’optimisation des opérations principales, et non dans les technologies destinées aux consommateurs. »
Ajay Bahl, Directeur de la croissance, Amériques, MEGA Industries chez HCLTech, a mis en lumière la nature en pleine évolution des produits comme moteur clé de transformation : « Quand la définition du produit change, tout — la façon de concevoir, de fabriquer et de livrer — change également. »
Il a illustré l’évolution de l’industrie automobile, les véhicules passant de systèmes mécaniques à de véritables « ordinateurs sur roues », nécessitant une refonte complète des processus de fabrication et des chaînes d’approvisionnement.
Paul Baldassari, président, Global Manufacturing and Services chez Flex, a ensuite expliqué comment l’automatisation transforme des tâches répétitives comme l’inspection visuelle. « Sur le plancher de production, nous interagissons davantage avec notre environnement visuellement qu’oralement. L’automatisation de ces tâches libère les travailleurs pour des rôles plus valorisants. »
Il a décrit l’évolution de l’automatisation au cours des deux dernières décennies, citant la fabrication de téléphones intelligents : « Imaginez inspecter manuellement les 2 000 minuscules composants d’un téléphone intelligent. L’automatisation élimine ce travail fastidieux, rendant le secteur plus efficace. »
Ajay a également reconnu les défis posés par la rapidité de ces changements : « La fabrication est un secteur à forte intensité de capital, nécessitant une planification à long terme. Avec l’IA et l’innovation produit qui progressent si vite, il devient de plus en plus difficile de planifier les investissements sur cinq, dix, voire vingt ans. »
Maximiser l’infrastructure existante grâce à l’IA
L’intégration de l’IA aux systèmes de fabrication existants est cruciale, mais exigeante. Alexandra Schwertner-Farley, leader de la stratégie en intelligence artificielle chez Rockwell Automation, a expliqué : « On ne peut pas simplement dire : “Remplaçons tout.” Il faut d’abord améliorer ce qui existe déjà. »
Elle a illustré comment l’IA peut optimiser les systèmes existants, par exemple en utilisant la maintenance prédictive sur des variateurs de fréquence : « En analysant les signaux de courant des moteurs, nous pouvons prévoir les problèmes à l’avance, ce qui permet d’obtenir des gains d’efficacité importants. »
Cette approche incrémentale permet aux fabricants de moderniser leurs opérations sans devoir supporter les coûts prohibitifs d’un remplacement complet des systèmes.
Collaboration et écosystèmes : la clé de l’innovation continue
Les panélistes ont souligné qu’aucune entreprise ne peut relever seule les défis de l’IA et de l’automatisation. La construction d’écosystèmes collaboratifs est essentielle pour stimuler l’innovation, car elle permet de mutualiser les ressources, de partager les connaissances et de rester concurrentiel dans un contexte en évolution rapide.
Farley a mis en avant l’importance des données ouvertes et des modèles d’actifs partagés, déclarant : « Les données et cadres partagés sont essentiels pour permettre aux entreprises de suivre le rythme des changements technologiques et éviter de réinventer la roue. »
Ajay a ajouté que les partenariats avec des jeunes pousses et des institutions de recherche apportent de nouvelles perspectives et donnent accès à des technologies de pointe, permettant aux acteurs établis de rester agiles face à la disruption. Il a souligné : « Les jeunes pousses ont souvent l’agilité et l’audace nécessaires pour prendre des risques que les grandes organisations ne peuvent se permettre. Collaborer avec elles crée une dynamique gagnant-gagnant pour favoriser l’innovation. »
Surmonter les défis et les biais
L’adoption de l’IA et de l’automatisation n’est pas sans obstacles. Ajay a souligné les défis de « l’obsolescence programmée », où les produits sont conçus pour nécessiter des mises à jour fréquentes, ajoutant de la complexité à la fabrication.
« L’obsolescence programmée augmente non seulement les coûts, mais complique également la planification à long terme et les objectifs de durabilité. Il faut trouver des moyens d’aligner l’innovation sur la durabilité et l’efficacité afin de réduire les déchets et de développer la confiance des consommateurs. »
Il a également abordé la résistance inhérente au sein du secteur manufacturier, traditionnellement prudent : « La nature capitalistique du secteur le rend prudent, mais cette prudence peut mener à manquer des opportunités. Surmonter ce biais exige de mettre en avant les avantages concrets de l’intégration de l’IA. »
Une approche pratique consiste à commencer à petite échelle. En mettant en œuvre l’IA à titre pilote sur des processus spécifiques, les fabricants peuvent démontrer des améliorations mesurables en matière d’efficacité et de coûts, dissipant ainsi les craintes liées au risque d’une adoption à plus grande échelle.
Le panel a également discuté des changements culturels nécessaires pour embrasser l’IA et l’automatisation, notamment au niveau du leadership.
L’élément humain : perfectionnement et autonomisation
L’arrivée de l’IA et de l’automatisation crée de nouvelles opportunités pour la main-d’œuvre, mais nécessite aussi d’investir massivement dans le perfectionnement. Comme l’a expliqué Baldassari : « L’automatisation permet de libérer les travailleurs des tâches monotones, mais il faut s’assurer qu’ils ont les compétences requises pour des rôles plus stratégiques. »
Les programmes de perfectionnement doivent viser à développer tant les compétences techniques que les compétences générales, comme l’adaptabilité et la résolution de problèmes, pour préparer les travailleurs aux défis futurs. « Garder les travailleurs curieux et encourager l’apprentissage continu est essentiel; ils ne feront pas qu’accepter le changement, ils le mèneront », a ajouté Farley.
Pour inspirer la prochaine génération, les panélistes ont insisté sur l’importance de rendre les emplois manufacturiers attrayants. Des initiatives telles que les stages, l’apprentissage pratique et les partenariats avec les établissements d’enseignement peuvent contribuer à combler le déficit de compétences.
« Les jeunes professionnels veulent travailler sur des technologies de pointe ayant un réel impact. Il faut leur montrer que c’est dans la fabrication que l’innovation concrète se passe », a ajouté Ajay.
De plus, l’IA peut elle-même servir d’outil de formation. Les simulations avancées, la réalité virtuelle et les programmes de mentorat pilotés par l’IA peuvent aider les travailleurs à acquérir de nouvelles compétences plus efficacement.
Un chemin vers la résilience et l’excellence
Le secteur manufacturier est au seuil d’une ère révolutionnaire. En surmontant la résistance culturelle, en favorisant la collaboration et en investissant dans les personnes, les entreprises peuvent réussir leur transformation.
« La véritable valeur de l’IA et de l’automatisation ne réside pas uniquement dans la technologie, mais dans la capacité des gens à s’adapter et innover. Il ne s’agit pas de remplacer des emplois, mais de les faire évoluer afin de rendre l’industrie plus résiliente et efficace », a résumé le Dr Chaudhuri.



