La pandémie a poussé les entreprises mondiales à devenir plus économes et centrées sur la valeur dans le but de rendre leur écosystèmes technologiques plus efficaces, allégés et pertinents pour répondre au plus grand objectif stratégique : offrir une expérience utilisateur et client optimale. Fondamentalement, le monde s’est orienté vers une « économie de l’expérience » plutôt qu’une « économie axée sur les fonctionnalités ».
Ce mouvement se ressent à tous les niveaux de l’architecture d’une entreprise, y compris la couche d’intégration. De plus en plus d’entreprises migrent leurs charges de travail vers l’infonuagique, pas seulement sur une seule plateforme, mais sur plusieurs d’entre elles et, comme chaque « écosystème » infonuagique possède ses propres solutions d’intégration natives (Solutions d’intégration Azure, Amazon API Gateway, GCP Integration, SAP PI/PO, etc.), il devient impératif pour les entreprises d’utiliser non seulement les intégrations natives pour améliorer l’efficacité des services, mais aussi de disposer d’une plateforme d’intégration d’entreprise (EiPaaS) au centre, qui puisse servir de conduit pour assurer l’interopérabilité entre écosystèmes.
De même, alors que les orientations stratégiques se tournent de plus en plus vers « l’expérience », la réutilisabilité et l’évolutivité des API et intégrations existantes prennent une plus grande importance. Par ailleurs, la capacité d’une entreprise à créer un Centre d’habilitation (C4E) axé sur les affaires et le domaine, plutôt que sur la technologie (comme c’était le cas auparavant), prend tout son sens à cette époque. L’idée consiste à simplifier les choses : si une API fonctionne dans un certain domaine fonctionnel, elle devrait être accessible aux autres secteurs fonctionnels similaires à travers différentes régions afin d’augmenter le retour sur investissement pour les entreprises.
La troisième tendance observée est la capacité d’intégrer l’« observabilité » native dans les intégrations afin que la surveillance et la production de rapports opérationnels en temps réel puissent s’effectuer au niveau même des intégrations. Cela consiste à capturer les indicateurs clés en lien avec les requêtes API, le statut des API, la conformité des intégrations, la latence des API, etc., ainsi que la capacité de définir des seuils pour déclencher des alertes proactives permettant aux ingénieurs de fiabilité de site de prendre des mesures préventives pour assurer la continuité et la résilience des services.

Ces tendances illustrent l’esprit de co-existence (utiliser les meilleures solutions de leur catégorie), le désir de privilégier la mise à l’échelle et la reproduction plutôt que la surconstruction, et finalement la capacité de suivre, mesurer, alerter et agir selon les insights tirés des fonctions natives d’observabilité. Ainsi, l’efficacité, la scalabilité et l’observabilité sont aujourd’hui les trois principaux critères de décision des entreprises lors de l’évaluation des solutions d’intégration.
Regardons en détail chacune de ces trois tendances.
Coexistence de l’intégration écosystémique avec EiPaaS
Dans un monde multi-infonuagique, où les entreprises placent leurs charges de travail dans plusieurs environnements infonuagiques tout en maintenant leurs charges les plus essentielles, confidentielles et critiques sur site, il s’agit d’un scénario nécessitant différents types d’intégrations – entre les environnements sur site et infonuagique, entre infonuagique et sur site, entre nuages, et entre applications sur site. Plusieurs composants, applications et systèmes doivent interagir entre ces environnements pour assurer l’intégration fluide des données, l’orchestration des processus et la bonne expérience utilisateur finale. Souvent, les décideurs en entreprise se retrouvent débordés par le choix, ce qui crée une confusion quant à la solution d’intégration « à privilégier » capable d’orchestrer la valeur à travers les divers environnements.
Il n’existe pas de solution miracle à ce dilemme. Mais ce qui devrait guider les entreprises, c’est l’approche « best of breed », dans laquelle elles mettent à profit les intégrations natives d’un écosystème donné (Solutions d’intégration Azure, Amazon API Gateway, GCP Integration, SAP PI/PO, etc.) pour intégrer toutes les applications situées dans cet écosystème. Ainsi, toutes les applications stockées et exécutées dans l’écosystème Azure peuvent utiliser les API et intégrations Azure. De même, les clients utilisant massivement SAP ou Oracle pour leurs besoins ERP auront avantage à utiliser SAP PI/PO ou Oracle Cloud Integrations pour leurs applications respectives. Cela favorisera non seulement une meilleure efficacité à l’exécution, mais permettra aussi aux entreprises d’obtenir la valeur maximale de cet écosystème.
Cela résout un aspect du problème. Donc, chacune de nos applications écosystémiques est bien intégrée à l’intérieur de son écosystème grâce aux fonctions d’intégration natives et, à l’intérieur de ces silos, nous avons une machine bien huilée et parfaitement synchronisée. Mais en sortant de ces bulles écosystémiques, on constate des écosystèmes distincts, en silos, non intégrés, peinant à interagir entre eux. Même si la plupart des plateformes d’écosystèmes offrent aujourd’hui des « connecteurs » pour se lier à d’autres écosystèmes, imaginez un client possédant 10 à 12 écosystèmes différents au sein de l’entreprise, ce qui pourrait représenter plus de 120 interactions connecteurs en dehors de ces écosystèmes, transformant l’environnement en un réseau spaghetti, ramenant l’entreprise au problème qu’elle cherchait justement à éviter.
Voilà où intervient la plateforme d’intégration d’entreprise qui devient l’orchestrateur central de toutes les interactions inter-écosystèmes. Tous les connecteurs de chaque écosystème se rejoignent sur le hub EiPaaS commun, lequel peut lire, traduire, convertir et exposer les messages dans le langage adapté à l’écosystème cible, devenant ainsi le point de contact commun, comme illustré ci-dessous.

Ceci résout le deuxième aspect du problème. Nous avons donc une approche « best of breed » où l’entreprise exploite toutes les capacités d’intégration « natives » offertes par chaque écosystème, avec un hub d’intégration EiPaaS reliant les points entre les écosystèmes.
Voici une illustration montrant comment « MuleSoft », une plateforme d’intégration d’entreprise de premier plan, devient un point d’intégration central réunissant tous les écosystèmes et systèmes sur site, tandis que les écosystèmes intègrent leurs applications au moyen de leurs fonctionnalités natives.

Les entreprises doivent respecter chaque plateforme pour leurs atouts et exploiter les intégrations natives pour leur écosystème applicatif, tout en utilisant un outil d’intégration d’entreprise pour les intégrations hors de cet écosystème applicatif. Les technologies illustrées sur le schéma ci-dessus ne sont données qu’à titre d’exemple.
Scalabilité des pratiques exemplaires d’intégration avec un C4E « tout inclusif » (Centre d’habilitation)
« Tout inclusif » est le mot clé ici. Et ce n’est pas pour rien. Les entreprises utilisent aujourd’hui diverses technologies d’intégration selon les cas d’usage. Différentes unités et fonctions exploitent aussi diverses technologies d’intégration, selon leurs besoins, leur expertise ou leur aisance. Avec l’autonomisation des techniciens citoyens, les outils d’intégration low code et no code comme Workato, Tray, Zapier, etc. se retrouvent eux aussi dans le paysage global, à côté de plateformes plus stratégiques comme MuleSoft, Boomi, TIBCO, etc., lesquelles coexistent, comme le montre la tendance plus haut, aux côtés des fonctionnalités d’intégration écosystémiques. Ainsi, soudainement, une entreprise se retrouve avec une panoplie technologique, chaque outil comblant un besoin particulier et étant utilisé par une équipe ou un groupe différent!
Le défi consiste à gouverner toute cette diversité de technologies et d’équipes; plus important encore, à rendre les intégrations réutilisables, reproductibles et évolutives entre géographies et unités pour les cas d’usage similaires. Voilà toute la valeur.
Plusieurs questions et options se présentent. Faut-il un « modèle décentralisé » où un CoE gouverne chaque unité d’affaires? Ou un CoE pour tout le travail réalisé avec une technologie d’intégration? Ou un « modèle centralisé » ayant un CoE commun orchestrant et régissant le travail de toutes les unités ou technologies? Ou alors un « modèle hybride », où un CoE central interagit avec quelques CoE satellites (« hub and spoke »), lesquels soutiennent un groupe d’unités d’affaires.
Chaque modèle a ses avantages et inconvénients. Par exemple, le « modèle décentralisé » convient mieux aux grandes entreprises dotées d’unités indépendantes, mais l’absence de cohérence peut engendrer une TI parallèle. À l’inverse, le « modèle centralisé » s’adresse mieux aux PME ou startups disposant d’une petite équipe TI centrale. Le modèle hybride convient surtout aux grandes entreprises qui favorisent l’autonomie de leurs unités, voulant être autosuffisantes tout en profitant d’un CoE horizontal central pour toute question de gouvernance ou de soutien utilitaire.
Si chacune de ces options a sa place, un facteur qui peut toutes les englober est la mise en place d’un C4E « tout inclusif » (Centre d’habilitation) qui accueille et fédère toutes les équipes, technologies et pratiques, les gouverne, fournit à l’entreprise des standards de travail communs, promeut les pratiques exemplaires et donne aux divisions d’affaires les moyens de bâtir et de valoriser les actifs, favorisant la rapidité et l’agilité. Cela permet aux équipes d’affaires et TI de passer d’un modèle basé uniquement sur la production à un modèle orienté production et consommation d’actifs. Ce modèle production/consommation stimule la réutilisabilité et l’évolutivité.

Le C4E est un concept plus large qu’un CoE. Alors que les CoE développent, exploitent et gèrent les API et leurs aspects opérationnels, regroupant l’expertise fonctionnelle de façon centralisée, les C4E sont des facilitateurs, des bâtisseurs de capacités, des mécanismes de gouvernance décentralisés qui instaurent les meilleures pratiques, des canevas réutilisables, de l’évangélisation et de l’animation communautaire. Ils sont axés sur les domaines et rendent les unités d’affaires autonomes, indépendantes et évolutives.
Observabilité intégrée aux intégrations pour des alertes proactives et une expertise réactive
L’observabilité est une capacité complète regroupant journalisation, analytique, surveillance, dépannage et mesure de la plateforme, de l’environnement d’exécution et des applications. Elle joue un rôle décisif pour fournir la performance en temps réel d’un système. Manquer d’observabilité, c’est comme piloter un avion sans jauge de carburant.
L’observabilité ne fait pas qu’avancer vers l’amont; elle s’infiltre aussi dans chaque couche de l’architecture d’entreprise. Des systèmes jusqu’aux applications, aux processus, aux intégrations entre eux, les entreprises attendent que des mécanismes d’observabilité et de surveillance soient intégrés dans chacun de ces éléments pour permettre, non seulement la mesure de la performance, mais aussi, grâce à l’intelligence artificielle et à des seuils de performance clairs, de déclencher des alertes proactives à destination des SRE, assurant ainsi résilience et continuité de service.
À cet égard, la plupart des plateformes d’intégration proposent aujourd’hui en natif un soutien prêt-à-l’emploi (OOB) pour plusieurs éléments observables clés. Ce qu’il est possible d’observer et de monitorer dépend aussi du mode de déploiement: infonuagique, sur site ou hybride.
Parmi les observations clés autour de l’intégration que les fonctions OOB peuvent couvrir et rapporter, notons :

Il existe plusieurs outils d’observabilité tiers sur le marché pour combler les lacunes laissées par les fonctions OOB des plateformes d’intégration. Splunk, ELK, SumoLogic sont couramment utilisés pour l’agrégation et l’analyse des journaux alors que Jaeger, Prometheus, Datadog, etc. sont appréciés pour leurs fonctions de traçabilité.
Cependant, les outils seuls ne règlent pas la question de l’observabilité. Disposer d’une équipe expérimentée d’ingénieurs de fiabilité, capables d’interpréter les indicateurs et d’agir de manière proactive, sera essentiel au succès. Comme on dit, ce n’est pas la donnée mais l’action tirée des insights découlant des données qui amène le vrai succès. Ainsi, s’associer au bon partenaire de service sera clé pour réussir l’intégration d’entreprise.
Conclusion
Le marché de l’intégration d’entreprise est en pleine évolution après la pandémie alors que les entreprises exigent efficacité, efficience, optimisation des coûts et précision des performances dans leurs solutions d’intégration. Ce sont des exigences apparemment contradictoires, mais une solution équilibrée qui assure la co-existence de solutions diverses selon les cas d’usage, la capacité d’évolution et la possibilité d’observer et rapporter les indicateurs clés est essentielle à la réussite de l’intégration d’entreprise. Même si de nombreuses technologies existent sur le marché, il reste qu’un partenaire de service compétent, expert en déploiement, gestion, orchestration, montée en charge et soutien à la gouvernance sera déterminant pour une stratégie d’intégration réussie.


