Réseautage autonome : facile à revendiquer, difficile à prouver. Pour Axiata, il ne s'agit pas d'un slogan, mais d’un programme de transformation pluriannuel appelé A3 : la stratégie Réseau autonome IA d’Axiata.
A3 est conçu pour aller au-delà de l’automatisation incrémentielle et amener le groupe vers des réseaux entièrement programmables. Bâti sur des principes natifs-nuage, des API ouvertes et l’Open Digital Architecture (ODA) du TM Forum, le programme couvre les domaines RAN, cœur, transport et périphérie. Il vise à découpler matériel et logiciel, adopter les microservices, introduire les jumeaux numériques et créer une infrastructure pouvant être gérée par intention plutôt que par configuration manuelle.
L’ambition est le changement structurel : réduire les coûts opérationnels et d’investissement, accélérer l’innovation de services, accroître la flexibilité envers les fournisseurs et répondre aux pressions structurelles comme la baisse du revenu moyen par utilisateur (ARPU).
Mais l’ambition seule n’est pas la mesure.
Comme l’a expliqué Dr Tomasz Gerszberg, chef de la technologie (CTO) chez Axiata, le parcours va plus loin que l’ajout de couches d’automatisation aux systèmes hérités. Aujourd’hui, de nombreux réseaux fonctionnent avec une automatisation partielle ; ce qu’il a décrit comme un « niveau 1,6 ». L’objectif est l’autonomie de niveau 4 : un état où les opérateurs humains définissent l’intention et le réseau l’exécute à travers les domaines avec une intervention manuelle minimale.
En termes simples, le niveau 4 signifie retirer les personnes des boucles opérationnelles routinières et permettre aux systèmes de traduire directement l’intention d’affaires en action réseau.
Mesurer l’autonomie : certification et retour sur investissement
Plutôt que de débattre des revendications de maturité, Axiata a opté pour une approche basée sur la preuve.
« Comment le mesurer? Très simple, le nombre de cas d’usage certifiés par le TM Forum à la fin de l’année, » dit Gerszberg. « Pas de compromis. Il suffit d'obtenir la certification et de prouver. »
Mais la certification ne constitue que la moitié de l’équation. « Chaque cas d’usage doit avoir un rendement positif. »
Cette discipline commerciale façonne tout le programme. L’automatisation n’est pas envisagée pour l’élégance technique. Elle doit être rentable.
Un des leviers consiste à réduire la dépendance aux services gérés externes. « Une des raisons pour lesquelles nous pouvons aussi offrir ce rendement est simplement d’internaliser ces services par l’automatisation », explique-t-il.
Pour les opérateurs qui se demandent par où commencer, Gerszberg conseille d’être pragmatique. « Il existe encore des cas d’usage qui sont supers faciles. Commencez par l’optimisation énergétique. [Cela] apporte beaucoup de valeur. »
Dans les marchés où les coûts de l’énergie grimpent, ces économies à elles seules peuvent justifier un investissement précoce dans l’automatisation.
Au-delà des coûts : autonomie comme levier de revenus
La conversation s’est aussi attaquée à l’idée que l’autonomie est seulement un levier de réduction de coûts.
Dans les marchés dominés par le prépayé, où Axiata opère avec jusqu’à 95 % de clients prépayés, la performance réseau est directement liée aux revenus. Toute augmentation du trafic, captée sans investissements additionnels, se traduit rapidement par des gains mesurables.
« Nous sommes présents sur des marchés [avec] 95 % de clients prépayés. Chaque croissance du trafic, sans dépenses supplémentaires, donne un rendement très simple, » note Gerszberg.
« C’est une forte promesse… tout le monde n’oserait pas donner cette promesse aux CFO. Nous, nous prenons ce risque. »
Tissu de données : pourquoi l’autonomie en temps réel change l’équation des données
Si le niveau 4 est l’objectif, le problème le plus difficile n’est pas l’orchestration. C’est la donnée.
La plupart des plateformes de données pour entreprises sont conçues pour l’analytique : analyses historiques, tableaux de bord et rapports. Les réseaux autonomes requièrent autre chose ; un traitement des données en temps réel, à fort volume, et à courte durée de vie.
Pour l’automatisation réseau, les données doivent être traitées instantanément. Une information qui a même dix minutes pourrait déjà être obsolète. Gerszberg décrit cela comme des « données jetables » ou des données qui ne sont utiles qu’à l’instant présent.
Les architectures de données existantes, surtout les modèles tout nuage, ne sont pas toujours conçues pour ce genre de charge. Déplacer de grands volumes de données de réseau sensibles au temps vers le nuage public peut engendrer des coûts et des défis de latence.
Pour Axiata, concevoir et déployer un nouveau tissu de données qui supporte à la fois les environnements nuage et sur site est une priorité pour l’année à venir.
IA agentique : pourquoi la retenue peut être stratégique
IA agentique ajoute une couche supplémentaire de complexité.
Utiliser des agents IA pour soutenir l’analytique ou les processus administratifs est relativement simple. Le défi apparaît lorsque les agents opèrent directement sur les réseaux en direct.
« Plus d’agents, plus de problèmes, » dit Gerszberg.
L’idée que chaque fournisseur fournisse son propre agent autonome peut sembler attrayante mais, en pratique, cela risque de créer des logiques qui se chevauchent, des lacunes dans la gouvernance et des conflits de coordination. Bâtir des couches de coordinateurs d’agents et de « super agents » pour gérer d’autres agents devient rapidement insoutenable.
Il plaide plutôt pour une intelligence cohérente : un « super cerveau » unifié pour le réseau, plutôt que « des milliers d’agents Smith ».
La transparence n’est pas négociable. « Je ne veux pas avoir un agent dans mon réseau qui possède… des connaissances secrètes qui ne me sont pas connues. »
Orchestration : gérer les conflits, pas seulement les flux de travail
À mesure que les réseaux deviennent plus programmables, l'orchestration porte moins sur l’automatisation des flux de travail et davantage sur la résolution des conflits.
Des conflits surgissent autour des priorités d’affaires, des exigences de service et des contraintes de ressources. « Le rôle le plus important de l’orchestrateur sera la gestion des conflits, » dit Gerszberg.
Des règles d’ordonnancement simples ne suffisent pas. Les systèmes autonomes doivent concilier des intentions concurrentes et optimiser les résultats sur les plans technique et commercial. Cette capacité – possiblement jusque dans la négociation entre agents – pourrait devenir la caractéristique déterminante des orchestrateurs de prochaine génération.
Gestion du changement : une question d’échelle et d’opportunité
L'automatisation soulève souvent des inquiétudes face au déplacement d’emplois. Pour Axiata, Gerszberg y voit de l’opportunité, pas de la résistance.
Dans une société d’exploitation gérant 20 000 sites avec seulement 180 employés technologiques, l’automatisation permet aux équipes d’aller plus vite et de se concentrer sur des tâches à plus grande valeur. « Personne ne perdra son emploi là-bas, » dit-il.
Au contraire, l’automatisation accélère les cycles de déploiement et peut générer un avantage sur le marché. Même si une certaine incertitude naturelle demeure – « on n’est jamais sûr… si cet agent sera assez intelligent » – il ne constate pas de résistance structurelle à l’adoption.


