Emplois et AI : partenaires ou rivaux dans le monde de demain?

De l’implication accrue de la technologie en milieu de travail à la montée en puissance de l’industrie verte, voici un aperçu des forces qui façonnent les emplois de demain
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Mousume Roy
Mousume Roy
Associate General Manager, Global Thought Leadership
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Emplois et AI : partenaires ou rivaux dans le monde de demain?

Dans l'histoire récente, les experts ont souvent prédit un avenir où les machines remplaceraient les travailleurs humains. En 2013, des chercheurs de l’Université d’Oxford ont bouleversé le monde en suggérant que près de la moitié des emplois aux États-Unis pourraient être automatisés au cours des prochaines décennies. Ces dix années sont presque révolues, et le marché de l’emploi ne semble pas aussi sombre que lors de ces premières prévisions. Avec des taux de chômage historiquement bas, la vague d’automatisation autrefois redoutée paraît aujourd’hui moins menaçante.

Cependant, si l’on se penche sur des inventions comme la machine à vapeur au 18e siècle, l’impact des avancées technologiques a historiquement transformé le monde du travail, et cette tendance se poursuivra. De multiples études, notamment celles menées par le McKinsey Global Institute, l’Université d’Oxford et le Bureau of Labor Statistics des États-Unis, annoncent toutes des changements importants et inévitables à venir. Ces changements toucheront autant les travailleurs hautement qualifiés que ceux occupant des emplois manuels, en grande partie en raison de la croissance continue de l’intelligence artificielle.

L’émergence de l’intelligence artificielle (AI) a ravivé la prochaine révolution industrielle, incitant les organisations à explorer les mutations dynamiques qui redéfinissent les professions, les emplois et les structures d’emploi. Un rapport de Goldman Sachs publié en mars 2023 souligne l’urgence de la situation, révélant le potentiel de bouleversement de quelque 300 millions d’emplois à l’échelle mondiale par l’automatisation de tâches précises.

Les secteurs caractérisés par des activités routinières et répétitives, susceptibles d’être automatisées, sont au premier plan de cette transformation majeure. Aux États-Unis, les emplois liés au soutien administratif de bureau, aux fonctions juridiques ainsi qu’à l’architecture et l’ingénierie présentent le risque le plus élevé d’automatisation, l’AI pouvant remplacer respectivement 46 %, 44 % et 37 % de leurs tâches.

Cependant, l’impact de l’automatisation ne se limite pas aux tâches physiques. L’AI générative s’apprête à influencer le travail de la connaissance, en particulier les tâches impliquant la prise de décision et la collaboration. Les professionnels de secteurs comme le droit, la technologie, l’éducation et les arts verront probablement des parties de leurs emplois automatisées plus tôt qu’on ne l’imaginait. Ceci est dû au déploiement dynamique de la capacité de l’AI générative à anticiper les schémas du langage naturel et à les appliquer de façon fluide.

La dichotomie des emplois du futur

Dans ce contexte, l’incertitude plane sur l’avenir, alors que l’interaction entre l’AI et le travail traditionnel échappe à toute catégorisation simpliste. À mesure que des emplois autrefois considérés comme essentiels deviennent automatisés, on observe un déplacement vers des rôles qui exigent des compétences résolument humaines.

Selon le Future of Jobs Report 2023 du Forum économique mondial, un paysage transformationnel se dessine. Les projections indiquent qu’environ 23 % des emplois sont appelés à évoluer d’ici 2027, entraînant la création de 69 millions de nouveaux postes, mais aussi l’élimination de 83 millions de rôles.

L’AI générative remodèle des industries entières, de la santé au design, du jeu vidéo à l’art. Elle stimule l’innovation et propulse les entreprises vers un avenir où les possibilités sont infinies. L’adoption accélérée de l’AI générative dans les industries souligne son impact incontestable.

Les organisations reconnaissent son pouvoir transformateur et l’adoptent comme un catalyseur stratégique. Kevin Ichhpurani, vice-président corporatif, écosystème des partenaires mondiaux et canaux, Google Cloud, déclare : « L’AI générative a le potentiel de révolutionner une grande variété de processus d’affaires et même de transformer des industries entières. »

Le McKinsey Global Institute estime que l’AI générative entraînera une augmentation de 36 % du taux d’automatisation des tâches par rapport à ce que l’on aurait prévu autrement — passant de 22 % des heures de travail actuelles à 30 %. Reconnue pour son immense potentiel, HCLTech adopte dès maintenant les technologies d’AI générative, participant à un développement technologique axé sur OpenAI et Microsoft Copilot. De plus, le fournisseur de services TI a récemment lancé ses Generative AI Labs, une initiative stratégique visant à renforcer la capacité de ses équipes à développer des solutions et services innovants dans une large gamme de rôles et de domaines, dont l’ingénierie des systèmes, les opérations de processus et le soutien.

Cependant, le rehaussement des compétences ne suffira pas à contenir les perturbations causées par l’AI sur des millions d’emplois. Les travailleurs devront plutôt être entièrement requalifiés — un défi sociétal fondamental et profondément complexe qui exigera des travailleurs non seulement d’acquérir de nouvelles compétences, mais aussi de les utiliser pour changer de métier, selon un rapport du Harvard Business Review.

Carrières en plus forte croissance : spécialistes VE & AI, emplois verts et sécurité TI

À l’aube de la cinquième révolution industrielle, alors que l’effort pour réduire les émissions et combattre les changements climatiques s’intensifie, des industries telles que le pétrole, le gaz et le charbon ainsi que l’automobile connaissent une baisse de l’emploi. Ces secteurs liés aux combustibles fossiles emploient plus de 18 millions de personnes dans le monde, alors que l’Organisation internationale du Travail des Nations Unies (OIT) prévoit la perte de 6 millions d’emplois à l’échelle mondiale d’ici 2030 lors de la transition vers l’énergie propre.

La quête d’un avenir durable a mené à la croissance rapide des industries vertes, telles que les énergies renouvelables, l’agriculture durable, l’agriculture urbaine et la fabrication écoresponsable. Par exemple, l’énergie solaire est sur le point de devenir la principale source d’énergie en Europe dans les prochaines années, ce qui pourrait générer quatre millions d’emplois d’ici 2050. Aux États-Unis, on prévoit que les emplois verts atteindront près de 24 millions, représentant 14 % de l’ensemble des emplois américains d’ici 2030. Depuis la promulgation de la Inflation Reduction Act en août 2022, plus de 100 000 emplois dans le secteur de l’énergie propre ont été créés aux États-Unis.

L’attention se porte maintenant sur les professions à la croissance la plus rapide : spécialistes autonomes et VE, spécialistes AI et ML, champions de la durabilité, analystes en veille stratégique, experts en mégadonnées et professionnels de la sécurité de l’information. Ces domaines devraient connaître une croissance estimée à 30 % d’ici 2027.

L’essor de la gig economy, propulsé par les plateformes numériques et les algorithmes d’appariement basés sur l’AI, a permis des modes de travail flexibles, à distance et indépendants. Toutefois, cela soulève un double enjeu. Bien que les emplois sur demande offrent une plus grande flexibilité, ils sont souvent associés à une instabilité des revenus et à une absence d’avantages sociaux. En revanche, la révolution de l’AI a stimulé la demande en compétences spécialisées, entraînant une hausse des emplois bien rémunérés dans des domaines comme la science des données, la recherche en intelligence artificielle et la fabrication avancée. Cette mutation exige une approche dynamique de la requalification et de la montée en compétences afin d’assurer une transition harmonieuse de la main-d’œuvre.

Une étude conjointe de HCLTech et Fortune Brand Studio révèle que plus de 90 % des cadres supérieurs de 11 industries en Amérique du Nord et en Europe ont cité les « modèles de travail durables comme priorité absolue pour leur organisation, et plus de la moitié d’entre eux ont pleinement souscrit à cette position ».

La gestion des talents à l’ère de l’AI

Au cœur de ces changements profonds, les organisations doivent relever le défi de gérer une main-d’œuvre multigénérationnelle. Adapter l’expérience pour répondre aux préférences individuelles tout en exploitant la puissance de l’AI pour offrir des parcours d’apprentissage et de développement personnalisés devient essentiel.

Un rapport Workmonitor indique que 59 pour cent des employés de la génération Z accordent la priorité à des valeurs sociales et environnementales dans le choix de leur employeur. Cette génération de natifs numériques possède une compréhension innée des tendances émergentes et des technologies de rupture. En intégrant cette pensée novatrice à la sagesse des générations précédentes, les entreprises peuvent amorcer un changement transformationnel, puisque 50 pour cent des employés de la génération Z préféreraient être sans emploi qu’insatisfaits dans leur travail, contre 42 pour cent chez les millénariaux et 28 pour cent chez les baby-boomers.

Amrita Das, vice-présidente principale et cheffe des RH – Marchés APME en croissance, HCLTech, explique : « La génération Z est née et a grandi dans l’ère numérique — ce qui signifie que l’échange d’idées et de bonnes pratiques a ouvert la voie à des façons inédites et améliorées de se gérer soi-même et de gérer sa carrière. Ils ont commencé à distinguer la carrière, l’emploi et leur gagne-pain — attribuant à chacun une valeur exclusive et travaillant à les faire évoluer au fil de leurs besoins. »

Une main-d’œuvre multigénérationnelle crée un environnement dynamique où de nouvelles idées sont constamment échangées, menant à des solutions créatives et à une compétitivité accrue. La convergence de plusieurs générations dans le milieu de travail représente une occasion unique pour les organisations de tirer parti d’une richesse de connaissances, d’expérience et de perspectives variées.

« L’évolution du travail pose des enjeux en matière d’attraction et de rétention des talents. HCLTech a mis en place deux programmes appelés TechBee et Rise. TechBee est notre offre destinée aux étudiants du secondaire et de l’université. Il s’agit d’un programme de formation de 12 mois qui permet aux étudiants d’amorcer leur carrière dès maintenant. Rise soutient les personnes qui réintègrent le marché du travail et propose de la requalification et du coaching professionnel pour assurer une transition tout en douceur vers l’emploi », affirme Das.

Le mentorat, le mentorat inversé et les activités de consolidation d’équipe peuvent contribuer à combler les écarts générationnels et à favoriser la collaboration. En tirant parti des forces de chaque génération et en encourageant le respect mutuel, les organisations peuvent canaliser l’intelligence collective de leur main-d’œuvre multigénérationnelle.

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Le rôle des politiques et de l’éducation dans la définition de l’avenir

À mesure que nous plongeons dans l’ère de l’AI générative et ses impacts sur le travail, l’importance de politiques et d’une éducation adaptées s’impose. Les gouvernements, parties prenantes de l’industrie et institutions d’enseignement doivent collaborer pour concevoir des cursus agiles qui outillent les individus pour prospérer dans un monde propulsé par l’AI.

Des politiques qui favorisent la requalification et la montée en compétences, qui encouragent les secteurs verts et qui s’attaquent aux inégalités accrues par les transformations technologiques sont essentielles pour assurer une transition juste. Le potentiel illimité de l’AI et de sa déclinaison générative représente un tournant critique pour l’univers du travail, autrefois confiné à des frontières traditionnelles. Une métamorphose radicale est en cours.

Alors que les décideurs, experts en la matière et passionnés de technologie naviguent dans ce territoire inédit, il s’avère impératif de reconnaître que l’avenir du travail n’est pas un horizon lointain — il se déroule sous nos yeux, révélant un mélange harmonieux entre le potentiel humain et les merveilles technologiques.

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