Il est possible que ce qu’un rédacteur technique écrit manuellement aujourd’hui soit peut-être déjà rédigé par l’Intelligence artificielle (AI) pour une autre entreprise ! Que fera le rédacteur lorsque l’AI prendra le relais ? Peut-être vérifiera-t-il et modifiera-t-il ce que l’AI a produit. Attendez, un instant ! L’AI a aussi le potentiel de jouer le rôle d’un réviseur ; alors la révision ? Non, elle est aussi compétente dans ce domaine. Perdre son emploi ?
Pour l’instant, cela reste une question rhétorique, bien que selon un rapport de Goldman Sachs, l’AI menace d’éliminer 300 millions d’emplois à temps plein.
« Nous ne savons pas comment la technologie évoluera ni comment les entreprises vont l’intégrer dans leur mode de fonctionnement. Cela ne veut pas dire que l’AI ne va pas bouleverser notre façon de travailler. Plutôt que de se concentrer sur les aspects négatifs potentiels, nous devons nous intéresser aussi aux gains potentiels pour le niveau de vie provenant d’un travail à plus grande productivité et de services moins coûteux à exploiter, ainsi qu’au risque d’être dépassés si d’autres entreprises et économies s’adaptent mieux au changement technologique », a déclaré Torsten Bell, chef de la direction du groupe de réflexion Resolution Foundation, à la BBC.
Ce qui est encore plus menaçant pour le journalisme et la rédaction technique, c’est que le rapport qualifie la capacité de l’AI générative à créer du contenu indifférenciable de celui des humains de « progrès majeur », tout en affirmant que l’AI pourrait remplacer un quart des tâches professionnelles aux États-Unis et en Europe.
« ChatGPT [AI générative] permet à plus de gens ayant des compétences moyennes en écriture de produire des essais et des articles. Les journalistes devront donc faire face à plus de concurrence, ce qui fera baisser les salaires, à moins qu’on assiste à une très forte augmentation de la demande pour ce type de travail », a déclaré Dr. Carl Benedikt Frey, directeur pour l’avenir du travail à l’Oxford Martin School, Université d’Oxford, à la BBC.
Un espoir bien mince — sous forme de nouveaux emplois et d’un boom de productivité — soulève la question des compétences que les employés devront posséder pour s’intégrer et remplir les prochains rôles encore inconnus à ce jour.
« Fait intéressant, le rapport de Goldman Sachs évoque l’opportunité qu’offre le changement technologique : “60 % des emplois actuels n’existaient pas dans les années 1940”. Ainsi, la percée technologique sous-jacente et “effrayante” illustre parfaitement notre capacité à nous adapter à l’AI et à l’utiliser à notre avantage.
« Ce qui distingue véritablement la présente révolution industrielle de l’AI, c’est que ce ne sont pas seulement les travailleurs manuels qui sont craints ou touchés, mais aussi les cadres de niveau intermédiaire et supérieur », affirme Phil Hermsen, directeur Solutions, Science des données & AI, chez HCLTech.
À l’échelle mondiale, la valeur annuelle totale du secteur des biens et des services pourrait augmenter de 7 % si l’AI est utilisée à bon escient, ajoute le rapport.
Auparavant, une étude de l’Université d’Oxford de 2013 a constaté que dans les 20 prochaines années, 47 % des emplois américains pourraient être éliminés par l’AI.
Après avoir étudié « l’impact de l’AI sur la main-d’œuvre américaine », Mark Muro, chercheur principal à la Brookings Institute, a déclaré à Business Insider : « Cela a vraiment captivé l’imagination des gens et matérialisé à quoi tout ceci pourrait ressembler. »
Par rapport aux travailleurs manuels, les employés cols blancs « semblent être davantage exposés à ces technologies », affirme Muro, laissant entendre que les humains se dirigent graduellement vers une ère d’intelligence augmentée, où l’AI ne remplacera pas dans l’immédiat des millions d’emplois mais aidera les employés à accomplir leurs tâches dans un avenir proche.
Prenant le relais de l’opinion de Muro, Michelle Donelan, ministre de la Technologie du Royaume-Uni, qui se dit « sans crainte » et croit que « l’AI n’est plus les robots tueurs comme dans “Terminator”, et que les Britanniques doivent apprendre à faire confiance aux ordinateurs de dernière génération et ne pas avoir peur de l’AI », a déclaré au Sun : « Nous voulons nous assurer que l’AI complète la façon dont nous travaillons au Royaume-Uni, et ne la bouscule pas — en améliorant nos emplois plutôt qu’en les éliminant. »
Son commentaire fait suite à l’engagement récent du gouvernement de Rishi Sunak d’investir jusqu’à 3,5 milliards de livres dans l’avenir de la technologie et des sciences alors que il tient à promouvoir les investissements dans l’AI au Royaume-Uni, convaincu que cela « stimulerait à terme la productivité à l’échelle de l’économie. »
« À chaque sortie d’un nouveau “transformer” [comme ChatGPT], on parle davantage du fait que l’outil serait un “serviteur” ou un “maître”, i.e., l’humanité en tirera-t-elle profit ou se rapproche-t-on d’un univers à la “Terminator” ou “Matrix”, où les machines prennent le contrôle ? Ces débats ne sont pas nouveaux et remontent au moins au mouvement Luddite du XIX^e^ siècle. La nouveauté est dans le rythme et l’ampleur du changement, notamment l’accessibilité de ces transformers au public. »
« Cette fois-ci, les gouvernements doivent porter attention et voir comment l’économie d’un pays s’adaptera à ce nouvel avenir. Le problème n’est pas seulement l’absence de diplômés récents ayant des compétences en STIM, mais aussi comment requalifier une main-d’œuvre qui ne possède pas ces compétences au départ ? Il est aussi ironique que les travailleurs manuels, que l’on pensait remplacés par des robots et l’AI, conservent toujours leurs emplois — quelqu’un a-t-il vu un robot maçon ? », ajoute Hermsen.
Les rôles et secteurs à risque
Emplois technos comme codeurs, programmeurs informatiques, ingénieurs logiciels et analystes de données ; métiers des médias, dont la publicité, la création de contenu, la rédaction technique et le journalisme ; emplois juridiques tels que parajuristes et adjoints juridiques ; analystes en recherche marketing ; enseignants ; analystes financiers et conseillers financiers personnels ; traders ; graphistes ; comptables et agents du service à la clientèle.
Malgré les investissements antérieurs dans l’AI, Elon Musk craint aujourd’hui ce que feu Stephen Hawking avait expliqué à la BBC en 2014 : « Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait signifier la fin de l’espèce humaine. Elle progresserait seule et se reprogrammerait à un rythme exponentiel. »
Dans une lettre ouverte de The Future of Life Institute, Musk et 1 000 autres dirigeants technos, dont Steve Wozniak, cofondateur d’Apple, demandent une pause dans la « course dangereuse » au développement de l’AI, qu’ils jugent « représenter un risque profond pour la société et l’humanité » et aux « effets catastrophiques » possibles.
Ils font valoir que l’humanité ne connaît pas encore l’étendue réelle des risques liés à l’avancement technologique. Ils demandent à tous les laboratoires d’AI d’arrêter, pour au moins six mois, le développement de leurs produits, afin d’évaluer davantage les risques.
L’AI déjà utilisée à bon escient
Cependant, malgré les manchettes accrocheuses, l’AI est déjà utilisée — et continuera de l’être — sous la bonne supervision.
Dans les services policiers à travers le monde, la technologie — surtout l’AI — a aidé les forces de l’ordre pour la reconnaissance faciale, à alléger la charge de travail, la biométrie ainsi que les données et l’analytique.
Lors d’une récente entrevue accordée à Forbes, Matt Polega, cofondateur et responsable des affaires publiques chez Mark43, a déclaré : « La technologie moderne peut transformer la façon dont les policiers accomplissent leur travail. Réduire la charge administrative liée à la rédaction de rapports permet aux agents de passer plus de temps sur le terrain. Trop souvent, les policiers doivent quitter leur secteur pour s’attaquer à une paperasserie chronophage. »
Ailleurs aux États-Unis, le PDG de la controversée — et interdite — entreprise de reconnaissance faciale Clearview AI, Hoan Ton-That, a déclaré à la BBC que près d’un million de requêtes ont été effectuées pour des services de police aux États-Unis
Cependant, l’entreprise a aussi été condamnée à des amendes de plusieurs millions en Europe et en Australie pour des atteintes à la vie privée et est interdite dans des villes comme Portland, San Francisco et Seattle. Pourtant, elle dispose de 30 milliards d’images extraites des plateformes en ligne sans consentement des utilisateurs.
Même si la police américaine ne révèle généralement pas l’utilisation de ce logiciel, l’adjoint au chef de la police de Miami, Armando Aguilar a affirmé que son équipe utilisait le système environ 450 fois par année et que cela avait aidé à résoudre plusieurs meurtres.
Comment HCLTech aide la police du Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, HCLTech collabore avec différentes forces policières depuis plus de 10 ans pour les accompagner dans l’adoption de la technologie — qu’il s’agisse de la livraison d’applications d’entreprise aux forces policières ou de la création de produits développés « par et pour les agents ». Voici ce que HCLTech a conçu pour la police britannique :
OPTIK : Un produit destiné aux agents de première ligne. Toutes les fonctionnalités liées au maintien de l’ordre, telles que la criminalité et la justice, la protection du public, le renseignement, les rencontres sur la voie publique et les services non urgents, sont accessibles à distance par les agents, via OPTIK. Il est basé sur le cadre hybride ONECODE de HCLTech et s’adapte aisément.
Plateforme de police numérique : Permet d’opérer les processus policiers grâce à des robots conversationnels fondés sur des règles, pensés pour simuler la conversation avec des agents au moyen de la messagerie et de l’assistance vocale.
Affectation et briefing : Le Système de répartition automatisé fournit en temps réel les mises à jour (renseignements) sur ce qui se passe dans la zone d’opération.
Biométrique : Application indépendante des appareils qui saisit l’information au moyen d’appareils de reconnaissance d’empreintes digitales et extrait ensuite les données biométriques spécifiques via la passerelle biométrique du ministère britannique de l’Intérieur.
Formulaires mobiles : Cette application offre un ensemble de formulaires mobiles automatisés pour les agents de première ligne et peut être consultée par les agents via OPTIK, de n’importe où. Les données sont gérées dans une base de données relationnelle et l’administration effectue les rapports complémentaires.
Services aux victimes : Il s’agit d’une application fournissant soutien, renseignements et services d’orientation aux victimes et témoins d’actes criminels. Le système de gestion du contenu de l’appli crée, modifie, supprime et gère les services destinés aux victimes.
Form Builder : Plateforme ou outil à faible code permettant aux utilisateurs d’affaires de concevoir des formulaires sans programmation. Génère automatiquement des formulaires et les intègre aux applications existantes ou à titre de portail distinct.
Solution de tableau de bord : Cette plateforme élimine le besoin, pour les forces policières, de mettre à jour manuellement plusieurs fois par jour les tableaux blancs, en offrant plutôt une vue unifiée en temps réel de tous les incidents importants sur un seul écran.
BOLI : Grâce à ses algorithmes intégrés d’analytique des données pour détecter les mots importants à partir d’un fichier audio, il s’agit d’un système AI intelligent de transcription audio-texte qui convertit automatiquement les fichiers audio enregistrés en fichiers textuels.
À cette phase de l’intelligence augmentée, alors que le débat public oscille entre les avantages et les inconvénients, la peur et l’aide, l’incertitude et la garantie, voici la conclusion de la lettre ouverte des dirigeants technologiques : « L’humanité peut profiter d’un avenir florissant avec l’AI. Ayant réussi à créer de puissants systèmes AI, nous pouvons maintenant profiter d’un “été de l’AI” où nous récoltons les bénéfices, concevons ces systèmes pour le bien de tous, et permettons à la société de s’adapter. La société a déjà mis en veilleuse d’autres technologies présentant des effets possiblement catastrophiques. Nous pouvons le faire ici. Profitons d’un long été de l’AI sans foncer imprudemment dans l’automne. »




