Le Salon international de l’aéronautique de Farnborough a longtemps servi d’indicateur de la direction que prend l’industrie aérospatiale et de la défense. En 2026, le message était clair : l’IA s’intègre encore plus profondément dans la chaîne de valeur de l’aérospatiale.
Pour Arjun A. Sethi, chef de la croissance et responsable mondial, secteur public, aérospatiale et défense et pratique PE chez HCLTech, trois tendances se sont démarquées cette semaine : l’industrialisation de l’IA, la transition vers une industrie aérospatiale définie par logiciel et l’importance croissante de la sécurité et de la résilience.
« La plupart des discussions portent sur l’IA, qui n’est plus considérée comme expérimentale, mais plutôt sur la façon d’industrialiser son utilisation dans les processus clés, allant de l’ingénierie et de la fabrication à la chaîne d’approvisionnement, la MRO et les opérations résilientes », affirme Sethi.
Ce virage est important, car les organisations du secteur aérospatial et de la défense sont soumises à une forte pression pour améliorer la préparation à la production, renforcer la résilience de leur chaîne d’approvisionnement, soutenir une maintenance et un maintien plus efficaces, ainsi que pour lancer de nouvelles capacités sur le marché de façon sécuritaire. L’IA est de plus en plus perçue comme un moyen de soutenir ces priorités tout au long du cycle de vie.
La plus grande opportunité consiste à intégrer l’IA dans les processus qui déterminent la façon dont les aéronefs, les plateformes et les systèmes sont conçus, fabriqués, exploités, entretenus et améliorés au fil du temps.
Cela inclut l’ingénierie, la fabrication, la MRO et les opérations. En MRO, par exemple, HCLTech constate déjà une forte adoption de son iMRO Digital Core, qui soutient des opérations de maintenance plus connectées, intelligentes et efficaces.
L’aérospatiale devient de plus en plus définie par logiciel
La deuxième grande tendance est l’importance croissante des logiciels et des données dans l’aérospatiale.
Les aéronefs modernes, les plateformes de défense et les opérations aérospatiales génèrent d’énormes quantités de données en ingénierie, fabrication, chaîne d’approvisionnement, opérations et maintien. Le défi est de transformer ces données en une base unifiée pour la prise de décision, la transformation et l’adoption de l’IA.
« L’aérospatiale est devenue de plus en plus définie par logiciel », affirme Sethi. « L’industrie génère un immense volume de données, et la capacité à intégrer et à unifier ces données est maintenant la priorité. »
Cette vue unifiée des données devient essentielle. Sans elle, les organisations risquent de bâtir leurs stratégies de transformation numérique et d’IA sur des bases fragmentées. Les données d’ingénierie peuvent se retrouver séparées des données de fabrication. Les signaux de la chaîne d’approvisionnement peuvent ne pas être liés efficacement aux priorités opérationnelles. Les informations de maintenance peuvent ne pas être réintégrées à la conception, à la production ou à la planification.
Pour passer des projets pilotes d’IA à un impact organisationnel à grande échelle, les organisations aérospatiales et de défense ont besoin d’une assise numérique solide.
Dans l’aéronautique, cette base doit relier ce que Sethi appelle « le triple socle » de l’industrie : l’ingénierie et la conception, la fabrication et les opérations. Chaque domaine crée des données essentielles. La valeur se manifeste lorsque ces données circulent dans toute l’organisation et appuient la prise de décision tout au long du cycle de vie.
« Il faut avoir un fil conducteur de données qui lie toutes ces données et si vous pouvez y arriver, c’est un facteur clé », explique Sethi.
La confiance, la gouvernance et la réglementation sont essentielles
L’aérospatiale et la défense forment un secteur hautement réglementé et critique pour la sécurité. Cela signifie que l’adoption de l’IA ne peut être dissociée de la confiance, de la conformité et de la sécurité.
À mesure que les organisations versent davantage de données dans des environnements infonuagiques et intègrent l’IA dans des processus critiques, elles doivent avoir confiance dans l’emplacement des données, la gouvernance des systèmes et la fiabilité des décisions prises par l’IA. Cela comprend des stratégies d’infonuagique souveraine, des pratiques d’IA responsable et une meilleure harmonisation entre l’implantation technologique et les exigences réglementaires.
« Le deuxième facteur clé est l’intégration de la confiance », dit Sethi. « Il s’agit d’une industrie fortement réglementée. Tout, du dépôt de données dans le nuage souverain à l’adoption d’une IA responsable, constitue un véritable levier. »
La réglementation évolue également à mesure que de nouvelles technologies et catégories d’innovation aérospatiale font leur apparition. Les systèmes à décollage vertical, la mobilité aérienne avancée et les concepts d’avions de prochaine génération soulèvent de nouvelles questions pour les autorités réglementaires et les dirigeants d’industrie.
Pour les organisations aérospatiales et de la défense, cela signifie que le facteur temps est crucial. L’innovation doit avancer rapidement, mais elle doit aussi satisfaire les exigences des autorités réglementaires, des clients et des instances de sécurité. Dans ce contexte, l’IA et l’ingénierie numérique doivent être conçues dès le départ dans une optique de conformité, de transparence et d’assurance.
La sécurité et la résilience prennent également de l’importance en raison du contexte géopolitique. Les organisations aérospatiales et de la défense doivent livrer des actifs à temps, maintenir le flux des chaînes d’approvisionnement, protéger les données sensibles et lancer leurs produits de façon sécuritaire.
« Avec les réalités géopolitiques qui nous entourent, livrer les actifs à temps, maintenir le mouvement des chaînes d’approvisionnement et amener les produits sur le marché de manière sécuritaire deviennent des enjeux de plus en plus essentiels », soutient Sethi.
L’avenir repose sur un jeu d’écosystèmes
La prochaine phase de la transformation de l’aérospatiale et de la défense ne sera pas menée par une seule organisation, technologie ou plateforme.
La principale leçon retenue par Sethi lors du Salon international de l’aéronautique de Farnborough est que l’avenir de l’industrie dépend des écosystèmes. La transformation du secteur aérospatial réunit aujourd’hui des fabricants d’aéronefs, des organisations de défense, des fournisseurs de technologies, des sociétés de logiciels, des spécialistes des matériaux et des composites, des entreprises de fabrication avancée, des talents en ingénierie et des parties prenantes réglementaires.
Cet esprit d’écosystème est particulièrement important alors que les organisations aérospatiales et de la défense s’efforcent d’élaborer des actifs de prochaine génération. L’IA, l’ingénierie numérique et les plateformes définies par logiciel sont au cœur de cet avenir, mais ce ne sont que des éléments de l’équation. La fabrication avancée, la science des matériaux, la résilience de la chaîne d’approvisionnement, les talents et la conformité doivent tous travailler de concert.
Pour les dirigeants, la priorité est d’établir les bons partenariats et une solide base de talents. Cela signifie trouver des partenaires capables d’appuyer l’innovation à grande échelle et d’investir dans des talents en ingénierie qui comprennent les réalités opérationnelles d’aujourd’hui et les possibles de demain.
Les organisations qui domineront la prochaine ère de l’aérospatiale et de la défense seront celles qui sauront relier ces capacités sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Elles utiliseront l’IA pour renforcer les processus fondamentaux, unifier les données à l’échelle de l’entreprise, intégrer la confiance et la résilience, et collaborer dans un large écosystème.
Le Salon international de l’aéronautique de Farnborough montre que la direction est déjà claire. L’IA passe de l’expérimentation à l’impact industriel et les organisations aérospatiales et de défense doivent maintenant se doter des assises numériques, de modèles opérationnels de confiance et de partenariats écosystémiques pour faire croître cet impact de façon responsable.





